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Guérir un trauma, c’est entrer dans une zone où tout devient instable, ...

  • Photo du rédacteur: Sandra Mioli
    Sandra Mioli
  • 7 mai
  • 2 min de lecture

où la lumière te traverse jusqu’à t’effacer. Le corps se met à parler sa langue première, une langue sans mots, faite de pulsations, de tremblements et d’ondes. On croit aller vers la guérison, mais on va d’abord vers la perte. Vers la désintégration de ce qu’on croyait être « soi ».

Une voix demande : « est-ce que c’était vivant, cette chose que tu as rencontrée ? »

Le garçon répond : « je ne sais pas. »

La voix insiste : « Était-ce une présence ? Une substance organique ? »

Le Garçon lui rétorque : « Je ne sais pas non plus. »

La Voix énervée de ne pas saisir ce qu’il arrive à son interlocuteur : « Qu’est-ce qu’elle voulait ? »

Et il lui dit : « Rien. Elle ne voulait rien. Elle reflétait. Elle absorbait.

Je croyais qu’elle m’attaquait, mais c’est moi qui me débattais contre elle. Je crois même qu’elle n’avait pas conscience de moi. Elle changeait tout, elle déformait les contours, et dans ce chaos quelque chose de nouveau se formait. Quoi ? Je n’en ai aucune idée. Peut-être juste la vie, qui se réécrivait. Peut-être la fin d’une forme pour laisser la place à une autre. »

C’est cela, la guérison du trauma : une lente déformation du connu. Une onde qui te traverse, qui désintègre la structure rigide des défenses, qui refait circuler la lumière dans la chair. Le système nerveux tremble, la mémoire se décolle du corps, le souffle réapprend à traverser les cavités restées muettes. Les secousses, les cris, les spasmes ne sont pas des crises ; ce sont plutôt des renaissances. Le corps libère ce qu’il avait gelé. Le nerf vague, comme un fleuve ancien, retrouve son lit. La conscience s’enfonce dans la matière pour y extraire l’or de la présence.

La mutation n’a rien de romantique : elle consume. Elle brûle les circuits, elle confond les repères, elle pulvérise la notion même d’identité. On se croit détruit alors qu’on est en train d’être remodelé. Les cellules refont alliance entre elles. Les archétypes de l’ombre émergent pour se réconcilier avec la lumière. Le masculin et le féminin s’hybrident, les peurs deviennent des couleurs, la honte se transforme en eau chaude.

Tout se change. Tout devient matière à création. La guérison n’est pas un retour à la normale ; c’est une recomposition organique, cellulaire, psychique, spirituelle.

Elle forme quelque chose de nouveau… on n’en a aucune idée, et c’est très bien ainsi !

C’est un chemin dangereux, mais c’est le seul où la vie reprend.

14.11.25

Crédit photo : Laura Makabresku

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