Ne pas attendre un grand sauveur, ni une révolution spectaculaire
- Sandra Mioli

- 20 févr.
- 3 min de lecture
C’est la phrase de fin du dernier film que j’ai vu : « Une multitude d’aventures humaines dans une époque qui semble avoir perdu toute humanité ». Elle m’est restée plantée dans le cœur comme une épine. Parce qu’elle dit tout : ce qu’on vit; ce qu’on fuit. Et tout ce qu’on ne veut plus voir !

Les gens courent, s’inquiètent, s’épuisent. La Terre crame, les glaciers pleurent, les mers débordent. Et pourtant on continue, comme si de rien n’était, avec nos cafés tièdes et nos téléphones allumés (la 5G cramant notre jolie peau et nos cerveaux).
Depuis le COVID, quelque chose s’est fissuré dans la confiance. On a eu peur des autres, peur d’être contaminé, peur d’être rejeté. On s’est méfié de tout : des infos, des politiques, des voisins... Et on a été témoin de quelques guerres, de crises migratoires, d’« égarements » politiques. Chacun a fait ce qu’il a pu pour rester debout dans ce grand bazar d’injonctions et de contradictions. Certains se sont fait vacciner en tremblant ou en baignant de le déni, d’autres ont résisté tout en agrandissant leur jardin, et tout le monde a eu raison dans son propre style. Mais au fond, on a tous été marqués par cette peur qui ne dit pas son nom : celle de ne plus appartenir à rien !
Depuis tout ça, de l’eau a coulé… les soignants et les educs se sont écroulés. Les artistes ont été oubliés, les subsides de pas mal d’associations retirés. Les profs, les ouvriers, les parents, les « petites gens » ont fait ce qu’ils pouvaient, souvent sans reconnaissance, avec la gorge nouée et un panier de courses complètement percé!
…
Pendant ce temps, quelques ultra-riches décident du sort de la planète (font même des tours dans des fusées ) pendant que nous, on compte les centimes à la pompe et les heures de sommeil manquées.
Aujourd’hui, dans les cabinets de psy, on voit arriver des visages qu’on n’aurait jamais vus il y a dix ans. Des adolescents qui parlent d’effondrement comme d’un programme scolaire. Des mères vidées, des pères désorientés, des jeunes adultes qui ne trouvent plus le sens d’entrer dans un monde qui s’écroule. Le système nerveux collectif est en dépression (en burn out si vous préférez). L’époque abîme même les plus solides.
Alors oui, les éco-anxieux, les dépressifs sociétaux et les effondrés lucides sont devenus nombreux. La peur du futur s’est installée. La Terre nous regarde, fatiguée, comme une mère qu’on n’écoute plus. On sait qu’elle va se venger, qu’elle va nous retourner comme des crêpes, et on continue (TOUT) quand même, les yeux ouverts, le cœur absent.
Et pourtant…. Sous la surface, il y a encore des gens qui s’aiment, qui cherchent, qui respirent. Des femmes, des hommes qui marchent dans les bois pour retrouver le silence. Des gens qui plantent des graines au lieu de crier. Des enfants qui rient encore. Des groupes qui se rassemblent, qui méditent, qui dansent, qui pleurent ensemble. Des âmes qui refusent d’abandonner LE VIVANT
C’est peut-être ça, le seul vrai espoir. Ne pas attendre un grand sauveur, ni une révolution spectaculaire. Mais continuer à créer des (petits) espaces humains dans cette époque inhumaine. Continuer à aimer, à tisser même quand tout semble foutu. Continuer à rire, à partager, à respirer ensemble.
Et puis, commencer par deux choses simples : Retrouver le contact avec la nature, vraiment. Marcher, toucher, écouter, sentir. Revenir dans le corps.
Et surtout, recréer du lien. Parler, partager, se relier, même maladroitement. Reprendre goût à l’autre.
Parce que c’est peut-être ça, la seule résistance possible : vivre encore, profondément, tendrement, lucidement.
Une multitude d’aventures humaines, pour une époque totalement inhumaine.
ALLER HAUT LES CŒURS BISOUS BISOUS
13.10.25
Crédit photo : Vanessa Benchimol


