Vous allez mieux!
- Sandra Mioli

- 23 déc. 2025
- 3 min de lecture
Vous dites à qui veut l’entendre que vous allez mieux. Que vous avez tourné la page. Que le passé repose derrière vous. Que remuer ne sert à rien. Que l’important consiste à avancer.
Et vous y croyez! … Ou du moins vous tentez d’y croire.
Quand l’honnêteté perce, vous sentez cet endroit figé en vous. Celui que vous contournez chaque fois que le silence s’installe, que la nuit s’épaissit, que l’immobilité vous frôle. Un espace que vous évitez, car il contient l’ancien vous.
Celui qui a souffert. Celui qui a eu honte.

Celui qui a crié dans le vide, ou qui a étouffé son cri. Celui que vous avez enfoui pour survivre.
Vous ne fuyez pas tant vos souvenirs que la sensation d’y retomber. Vous craignez l’émotion qu’ils transportent, plus que l’histoire elle-même. Ce qui effraie n’est pas l’événement, mais la part figée en vous, ce que vous n’avez jamais osé affronter en face : la peur brute, la solitude, la confusion, la perte d’estime, le sentiment d’avoir été trahi•e, abandonné•e, dévasté•e.
Vous répétez que tout cela appartient au passé. Pourtant une plaie ne se referme pas parce qu’on en détourne les yeux.
Vous avez reconstruit une vie, un rôle, une posture, une stabilité. Mais ce que vous n’avez jamais digéré continue d’agir. Il ne se montre pas dans vos mots, rarement à la surface, mais il se trahit dans vos réactions, dans vos freins, dans vos défenses, dans tout ce que vous évitez, dans la façon dont vous vous censurez sans le voir.
Le « moi souffrant » n’a jamais disparu.
Il veille dans un recoin de votre mémoire cellulaire, de votre système nerveux, de votre corps. Et tant que vous ne le regardez pas, il gouverne tout ou presque à votre insu.
Ce que vous évitez finit par vous diriger. Ce moi souffrant que vous refusez d’approcher pilote vos choix de relation, votre manière d’aimer, ce que vous acceptez, votre niveau d’exigence, votre rapport au risque, à la vulnérabilité, à la réussite. À mesure que vous l’ignorez, il s’enracine, car vous lui avez laissé le territoire sans garde.
La peur de revenir à ce lieu intérieur est légitime. Vous redoutez l’effondrement, la perte de tout ce que vous avez bâti, l’incapacité à vous en relever. Pourtant il ne s’agit pas de revivre ce qui vous a brisé•e, mais de revisiter ce terrain avec un autre regard. Avec l’adulte que vous êtes devenu•e. Avec les ressources acquises. Avec la capacité de rester présent à vous même. Il ne s’agit pas d’un retour en arrière, mais d’une récupération d’identité.
Ce que vous retrouvez en traversant ce seuil, c’est l’énergie restée figée dans le trauma, votre pleine présence, votre justesse émotionnelle, votre liberté de choix, votre souveraineté intérieure.
Aller vers ce moi blessé ne retire rien.
Au contraire, cela redonne ce qui fut abandonné trop tôt. Voilà une véritable libération.
Guérir ne signifie pas s’installer dans la douleur, mais la reconnaître. Le moi souffrant n’incarne pas votre faiblesse, il représente la version qui a survécu dans le silence. Il mérite d’être entendu.
Il mérite une place, non pour y rester, mais pour se réintégrer.
Vous ne serez jamais entier•e tant qu’une partie de vous reste dehors. La guérison ne se trouve pas dans la page tournée, mais dans les lignes qu’il faut relire, celles que l’on avait surlignées en noir.
24.09.25
Crédit photo : Mean While in nowhere




