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Ces sages qui nous parlent

  • Photo du rédacteur: Sandra Mioli
    Sandra Mioli
  • 20 févr.
  • 3 min de lecture

J’imagine parfois que certains sages n’ont jamais vraiment quitté ce monde. Leur corps s’est dissous, oui, mais jamais leur souffle. La sagesse, quand elle devient trop dense, trop vivante, ne peut plus mourir, j’en suis certaine ! Elle s’est mêlée au limon du monde, à la respiration des sols, à cette matière qui suinte entre nos doigts quand on croit toucher la mort.

Alors je les imagine là, ces vieux sages, planqués sous ma terrasse, dans leurs ponchos élimés.

Et si je pousse le délire jusqu’au bout, je les imagine en moi, assis dans mes tripes, entre deux éclats de nerfs, à rire de ma prétention à les imaginer.

Le ciel dehors est lavé d’un or sale mais tendre. La terre, encore tiède de cet été, respire lentement. Ils sont assis autour de la table. Nus de croyances, vieux.vieilles comme le vent; ils sont une dizaine : des femmes et des hommes…jeunes comme le feu. Ils ne parlent ni d’illumination, ni de vérité. Ils boivent leur thé comme on boirait la mer, avalant le sel du monde avec douceur. Quand leurs regards se croisent, c’est tout l’univers qui se souvient de lui même.

L’un dit que l’homme s’est paumé à force de vouloir toucher le ciel, qu’il cherche l’absolu dans les ondes, les applis de méditation et les trophées. L’autre répond qu’il n’y a jamais eu de séparation, juste des yeux fatigués, trop pressés pour voir. Le troisième se marre, il dit que même le désordre, la vaisselle sale et les silences lourds, font partie du divin. Et moi, je les écoute… j’attends qu’ils me disent un truc qui sent le neuf.

Ils parlent du corps comme d’un texte sacré qu’on n’a jamais su lire.

Leur bouche dit que la chair est un alphabet oublié, que chaque frisson est un psaume, que la respiration est un rite ancien, que le cœur est un soleil retourné, brûlant de l’intérieur. Ils disent que le vrai enseignement n’a jamais habité les temples, mais la peau, le souffle, le désir, et ce tremblement animal qu’on sent juste avant d’aimer …

C’est donc obligatoirement dans le corps et par le corps que ça se passe. C’est ainsi!

Dehors, le monde compte ses clics, ses dettes, ses guerres. Eux, ils rient doucement de cette agitation cadavérique. Ils savent que l’homme ne sauvera rien tant qu’il ne saura pas écouter la Terre, tant qu’il ne reconnaîtra pas qu’elle le porte, le nourrit, l’éduque, comme une mère fatiguée mais infiniment patiente. Ça fait pourtant déjà des milliers d’années que ces mystiques nous en parlent mais ça paraît trop simple… ça rentre pas dans nos minuscules caboches !

L’un murmure que l’avenir sera mystique ou ne sera plus. Que la prochaine mutation ne sera pas technologique, mais vibratoire. Que l’humain devra redevenir poreux, vulnérable, laisser le mystère l’effleurer sans vouloir le disséquer. Sentir que ce qui le dépasse ne le menace pas… mais que ça le contient.

Et d’ailleurs, on le voit : une grande partie des gens ne vont pas bien (d’autres petent la forme certainement parce qu’une partie du travail d’adaptation énergétique est fait - c’est ma croyance). Beaucoup deviennent sensibles, épuisés, traversés par des crises qu’on appelle burn out, dépression, anxiété. Chacun cherche une vérité qui corresponde à ses symptômes, un sens à sa fatigue. Mais au fond, c’est simple : « le monde part en couille ». Et peut être que c’est très bien comme ça … peut-être que c’est juste la terre qui secoue ce qui ne vibre plus.

Je les regarde ces sages. J’ai l’impression d’assister à une naissance. Ils ne veulent plus sauver le monde. Ils l’aiment. Ils laissent couler les humains dans leur ignorance sur leur propre terre, dans leur propre corps puisqu’ils ne savent pas écouter. …

Et c’est peut-être ça, la seule révolution possible:aimer jusqu’à s’y dissoudre.

Le silence s’installe. Il n’a ni fin ni début. L’un d’eux me fixe, un sourire d’enfant au coin des lèvres, et dit doucement : « Ce que t’appelles Dieu, c’est la Vie quand elle cesse d’avoir peur d’elle-même. »

Tout devient clair, brutalement simple, infiniment doux. Je suis apaisée.

Et je me demande alors : que se passe-t-il quand le corps rencontre enfin l’Absolu, ce qu’il pressent depuis toujours sans jamais oser le toucher ?

« Comment entendre ce qui ne fait pas de bruit, derrière le silence ? Si quelque chose s’ouvre dans l’existence alors le corps s’ouvre aussi. »

 Murmures perçus dans le micro de Florine Thomas, pendant une danse libre chez ANIMA - danse libre du vivant … cela peut être subjectif, comme tout ce qu’on reçoit en état de « transe-en-danse ».


 Alain Bashung - « immortels »


18.10.25

(Merci de partager mes textes comme ils sont nés : entiers, avec leurs images. C’est un ensemble, pas un puzzle. Thxxx. )

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