Eveil ou (petit éveil)? Quelle différence finalement?
- Sandra Mioli

- 11 févr.
- 3 min de lecture
On a sali le mot Éveil.
Dans les textes anciens, il ouvrait sur l’infini : Samadhi* ou encore l’état de Turīya*. Des états où le « je » s’efface comme une goutte dans l’océan. Rien à exhiber, rien à vendre. Juste un silence plus vaste que tout.
Et puis il y a cet autre éveil, plus « commercial », celui auquel il manque le R devant… celui qui traîne depuis quelques années, gonflé comme un slogan. Tu crois qu’une nouvelle vie/vue s’offre à toi, que la lumière va s’installer pour de bon dans ta chair. Les premiers mois, ton cœur s’élargit, tu marches ivre d’espoir, persuadé.e que tout respire avec toi.
Puis le corps se cabre. Les migraines cognent, la fatigue s’accroche comme une ombre, les nerfs s’effilochent. Tu deviens hypersensible, irritable. Ton boulot sonne creux, certaines relations s’écroulent, même tes murs demandent à être changés. Alors tu arraches des rideaux, tu repeins la nuit, tu cherches à remettre de l’air là où tout se serre.
Parce que l’éveil ne monte pas seulement vers le ciel. Il plonge aussi vers le sol. Sans racines qui s’enfoncent, la lumière devient poison. Chaque arbre le sait : s’élever, c’est accepter de descendre plus profond dans la boue. L’élan vertical n’a de force que s’il s’appuie sur l’humus noir et dense. Il faut que ça passe par tous tes corps!
Germination.

Et dans ce mouvement, il y a toujours l’eau. L’eau intime de ton corps, l’eau collective du monde. Elle porte les blessures, les mémoires, les cris enfouis. Elle te relie à ce qui déborde de toi. Le (R)éveil n’est jamais solitaire : il t’immerge dans la grande mer des vivants, où chaque vague est à toi sans jamais t’appartenir.
Alors oui, il peut être une ivresse, mais c’est aussi une noyade et une patiente germination. Une traversée qui oblige à écouter ton sang, tes nerfs, tes silences. À couper ce qui te dévore. À marcher plus lentement, respirer plus profond, t’ancrer dans les gestes simples, ceux qui soutiennent la vie sans la compliquer.
Et un jour, quelque chose bouge. La douleur se met à parler un langage que tu comprends mieux. T’arrêtes de chercher la sortie et tu commences à habiter le passage. Tu sens que chaque fatigue, chaque insomnie, chaque larme est une racine qui descend plus bas, pendant qu’une branche s’élève un peu plus haut. Tu réalises que l’eau qui t’entoure ne veut pas t’engloutir, mais te porter, elle est Source.
Alors respire. Ralentis. Mange comme si ton corps était sacré. Choisis ce qui allège ton âme.
Ne cherche pas la perfection, cherche la justesse. Ne cherche pas à finir, cherche à fleurir.
Ce (R)éveil n’est pas une arrivée, mais une manière de marcher vers Toi et peut être un jour vers le Samadhi.
Chaque pas, s’il est fait en conscience, devient un sanctuaire, une prière.
* Le Samadhi est l’état d’éveil total dans lequel la conscience se fond avec ce qu’elle contemple. C’est une absorption complète, où le mental cesse toute agitation et où l’ego se dissout. Il ne reste qu’une présence silencieuse, unifiée, libre du temps, du désir et de la dualité.
* Turīya désigne un quatrième état de conscience, au-delà de la veille, du rêve et du sommeil. C’est un état de conscience pure, qui soutient, englobe et transcende les trois autres états ordinaires de l’esprit.
4.10.25
Crédit photo : Justin Juniee



