Oublier l'autre
- Sandra Mioli

- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
On croit souvent qu’on tourne la page d’une relation en claquant la porte, en brûlant deux photos et en jurant qu’on recommencera plus jamais. On se raconte que le passé dort quelque part dans une boîte.
Mais, étonnamment , la nuit, ça revient; transporté par la poussière.
Les rêves ramènent ce qu’on prétend avoir jeté. Ils rapportent la honte, la culpabilité, la chaleur d’une peau, une phrase qui s’est incrustée dans le plexus comme une écharde. On se demande pourquoi ça insiste encore alors qu’on a logiquement « tout réglé ».

On a entendu parler d’âmes sœurs, de liens karmiques ou même de flammes jumelles. On a imaginé l’univers en grand logisticien qui distribue des bracelets énergétiques entre les êtres. On se trompe peut être de vocabulaire. Ce qui nous tient parfois dix ans après l’histoire ressemble davantage à une intrication quantique : 2 particules humaines qui ont interagi intensément, puis se sont éloignées dans l’espace, mais continuent de vibrer ensemble sur certains plans. Non, c’est pas une romance mystique ! C’est une forme de structure, de sculpture relationnelle : grâce à la « mémoire du champ » et aux traces invisibles dans le tissu psychique.
C’est une figure autonome dans l’inconscient collectif : L’amant abandonné, la sorcière rédemptrice (sur laquelle on fantasme), le frère perdu, … Bref, une image archétypale qui réclame sa scène et nous entraîne malgré nous. Alors, il paraît qu’on danse tous là dedans. Même quand on n’en veut plus!
Ces intrications quantiques relationnelles occupent le corps comme les particules de poussière sur nos meubles. Chaque croyance que l’on adopte, chaque histoire qu’on appelle à soi, chaque énergie qu’on invite dans notre théâtre intérieur crée un sillon dans le système nerveux. Lorsqu’on nourrit des scénarios sur ce que fait ou ne fait pas le gouvernement, sur les « ovnis », sur son ex, sur les maîtres invisibles ou sur n’importe quel récit qui dépasse notre expérience directe et palpable , on sculpte des ruisseaux neuronaux qui prennent de la place. La biologie corporelle doit ensuite gérer ces flux.
Le système immunitaire, hormonal ou digestif tente d’exister au milieu de tout ça et manque parfois d’espace pour fonctionner pleinement. Vous me suivez?
Quand on échoue à faire table rase du passé, une intrication quantique est souvent encore active. Une empreinte vivante qui n’a pas trouvé son lieu de repos émotionnel. Elle agit comme une tension entre deux pôles encore branchés l’un sur l’autre.
Défaire une intrication quand l’autre refuse d’y toucher demande un certain tact intérieur; car on ne force personne à couper un lien. On revient à soi! On observe la zone où l’on reste accroché. On distingue ce qui appartient à notre histoire personnelle et ce qui appartient à la projection. On ne travaille pas sur le lien spirituel lui même mais sur l’image qui continue d’agir en nous - si possible! C’est dans cet écart que la libération se prépare. Quand l’image perd son pouvoir, le lien s’assouplit de lui même.
Le mode d’emploi se dévoile surtout en thérapie. Certaines intrications quantiques se dissolvent en ajustant la posture intérieure, en relâchant la scène imaginale, en laissant le corps reprendre sa place. On découvre alors que ce qu’on croyait indestrctible était simplement une histoire figée.
Quand elle s’efface, on redevient vaste.
On sent que l’intrication quantique s’est désamorcée lorsqu’on peut penser à l’autre sans contraction, lorsque le rêve cesse de s’inviter, lorsque l’histoire ne nous utilise plus comme décor. Le corps respire différemment et le système nerveux souffle.
Enfin.
4.12.25
Photo issue d’une vidéo : mertzv2



